Danielle Grondein

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livre Phi-Phi la plume
Phi-Phi la plume

Petit Poucet des Cévennes

Roman par nouvelles par danielle grondein

Illustrations par christine janvier-wattecamps

Editeur La Mirandole

Collection Histoires aux quatre vents

80 pages

à partir de 9 ans

Parution 2001

Illustrateur lien sur christine janvier-wattecamps
Editeur
 

Quatrième de couverture

Pauvre Phi-Phi qui vit des moments difficiles à l'école et à la maison ! Entre les trahisons de ses meilleurs copains, les méchants coups du gros René et la sournoiserie d'Antoine, les disputes continuelles et la mésentente de ses parents, il a vraiment de quoi perdre le moral et craindre de subir le triste sort du Petit Poucet ! Heureusement qu'il peut compter sur Gabrielle, sa grand-mère de Concoules en Cévennes, toujours prête à l'écouter et à le réconforter. Heureusement aussi qu'il y a Aurélia avec sa façon de le regarder, qui le fait tantôt transpirer comme en plein mois d'août, tantôt frissonner comme en haut du Mont Lozère en plein hiver...

 

Extrait

WALTER PIGEON

Il a une larme au bout du nez, Phi-Phi, et une petite plume blanche tachée de sang, entre les doigts.

Son pigeon, un chat l'a croqué.

Jeff et Laurent ont tout essayé pour le consoler. Ils se sont cotisés avec Aurélia pour lui en offrir un, tout pareil, en céramique ou en porcelaine, il ne sait pas, il s'en fiche, sauf qu'il n'est pas pareil. Même Antoine qui s'y est mis et lui a envoyé un petit mot :

T'en fait pas mon vieux, un de perdu dix de retrouvé et puis tu verrat, bientôt tu l'aurat oublié. Salut. Ton pote Antoine.

 

Et après ? Dix, cent ou mille, il n'en a rien à faire, ce ne sera jamais Walter.

 

Peut-être qu'on n'aurait pas dû l'appeler Walter. Ce n'est pas un nom de pigeon, Walter. Encore une trouvaille porte-malheur de sa mère. Dans sa jeunesse, elle avait été folle amoureuse d'un acteur qui s'appelait Pigeon Walter ou l'inverse. Elle avait trouvé très marrant d'appeler Walter, Walter, ça lui donnait l'impression d'avoir son idole à la maison. Alors qu'on ne savait même pas si c’était un garçon !

 


image 1 du livre

Le matin où c'est arrivé, son père lui a ébouriffé la tête en disant d'une voix bourrue : "Il y a beaucoup plus grave mon petit bonhomme, et tu en verras d'autres dans la vie… Après tout, ce n'était qu'un pigeon…"

Sa mère lui a rapporté une boîte de Kleenex et tout en l'épongeant, elle aussi lui a murmuré des paroles de consolation : Tu ne l'avais pas depuis bien longtemps, ce n'est pas comme si… Et puis ça allait parce qu'il était encore jeune, mais tu en aurais eu vite assez, tu sais. Il n'y a rien de plus sale que les pigeons et il n'y a pas plus difficile à nettoyer que leurs crottes. En plus ils sont presque tous porteurs de maladies… À franchement parler ce n'était pas très sain de le garder ici…

Il n'a rien répondu, Phi-Phi. Il a mis ses petites affaires dans son sac et il s'en est allé là-haut dans les Cévennes, chez sa grand-mère Gabrielle, comme chaque fois qu'il a un vrai chagrin, sauf que cette fois ce n'est pas un vrai chagrin, mais une affreuse grande douleur.

Elle n'a rien dit non plus, Gabrielle. Elle s'est contentée de l'écouter, toute la journée, pendant qu'il déballait tout pêle-mêle, ce qu'elle ne savait pas, ce qu'elle savait déjà.

L'oisillon tombé du nid et ramassé presque mort de froid, minuscule chose grelottante qui n'avait que sa peau rose sur les os et un gros bec dur, fermé comme une serrure.

La cage improvisée dans la cheminée avec deux vieux pare-feux rouillés.

Toutes ces heures où ils avaient vainement tenté, à tour de rôle, de faire s'entrouvrir le bec verrouillé du bébé. Il ne refusait pas de manger. Simplement il ne savait pas. Jusqu'à cet instant où, trop affamé et près de crever, le corps coincé dans la main de Phi-Phi, il avait glissé brusquement sa tête entre deux doigts serrés et aussitôt ouvert si grand le bec, qu'ils avaient appris en même temps, Phi-Phi et Walter, comment donner et recevoir la vie.

La joie réciproque au retour de l'école. Phi-Phi ouvrait vite la cage, et Walter faisait le fier avec ses ailerons nouvellement poussés, sans se préoccuper le moins du monde des choses vertes et blanches qu'il semait tout autour du salon.

Le bonheur, quand après s'être posé sur son épaule et niché au creux de son cou, Walter lui picorait doucement la nuque et la joue.

Et puis son inquiétude aussi, chaque fois que Phi-Phi le montait au grenier et l'installait sur une poutre pour lui apprendre à vivre sa vie. Il refusait d'y rester. Il voletait comme un fou sous les chevrons, s'empêtrait  dans les toiles d'araignées, et pour finir s'agrippait aux cheveux de Phi-Phi qui avait le plus grand mal à l'en dégager.

- Peut-être qu'il avait un pressentiment. Peut-être qu'il savait que la poutre n'était pas assez haute… Là-haut, il ne disait plus un mot. Il refusait de chanter. Alors qu'en bas, dès que j'arrivais, il se mettait à roucouler. Il n'arrêtait pas…

- Alors, c'était bien un garçon, avait répondu sa grand-mère doucement. Ce sont les mâles qui roucoulent.

 


image 2 du livre

Elle ne l'a pas obligé à manger au dîner, Phi-Phi,  juste à boire. De son tilleul muscat, sucré avec du miel. Et quand il s'est mis à renifler dans sa tisane, elle n'a pas essayé de le consoler. Ils sont sortis dans le jardin pour regarder le ciel. Il était plein d'étoiles. Elle lui a montré Cassiopée, La Grande Ourse, Orion, Pégase, et bien d'autres, et, celle de Walter, quelque part au milieu.

- Vois. Tu n'as que l'embarras du choix. Mais quand tu l'auras choisie, et que tu la regarderas la nuit, ce sera chaque fois comme si tu étais avec lui, et cela, aussi longtemps que tu en auras envie.

Phi-Phi la plume avait les yeux trop gonflés pour choisir la bonne étoile ce soir-là. Il ne voulait pas se tromper.  Mais tandis  que  son regard  brouillé  par les larmes errait d'une lumière à l'autre, c'était soudain comme si Walter s'était mis à briller dans chacune, illuminant le ciel de son plumage immaculé et le forçant peu à peu à fermer les paupières sous l'éclat de sa blancheur retrouvée…

 

Critiques

 

Presse

« Je vous assure que Phi-Phi la plume n'est ni une mauviette, ni une Phi-Phille, comme le gros René essaie de le faire croire à la récré, mais un enfant qui a du mal à trouver ses repères dans un monde où les amis trahissent, où les parents se déchirent. Il pleure plus souvent qu'il ne rit, Phi-Phi, et ses chagrins, ses peurs, sont à la mesure de ses déceptions. Ainsi, loin de le réconforter, les contes de fées qui racontent des histoires où les parents parfois croquent leurs enfants, parfois les abandonnent au fond de noires forêts pleines de loups affamés, le terrorisent au point qu'il finit par se demander si, avec Nicolas son petit frère, ils ne subiront pas bientôt le même sort. L'idée de ce Petit Poucet des Cévennes si perdu qu'il ne sait plus où sont les frontières du réel, m'est venue alors que j'étais enseignante à La Grand-Combe. Jour après jour j'ai pu y voir à quel point les problèmes de chômage occasionnés par la fermeture progressive des mines bouleversaient le comportement d'enfants complètement dévariés, comme on dit en Cévennes, par les soucis de leurs parents. C'est pour eux tout spécialement qu'ont été écrites ces 17 courtes histoires qui peuvent se lire séparément ou comme autant de chapitres du roman de Phi-Phi. Sachez aussi que tout n'est pas aussi noir dans sa vie que le charbon des mines. Il aime chanter en canon avec ses copains Jeff et Laurent, inventer des jeux en anglais, tirer les grandes oreilles du petit Nico, faire la liste des bêtises de ses parents ; il aime surtout regarder le soleil dans la choupette d'Aurélia et lire la lune sur les pentes du Lozère avec sa mamé Gabrielle qui connaît tous les secrets pour changer la tristesse en bonheur. » danielle grondein

 

Dédicace France Inter 2001 pour la revue de presse des livres.

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